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Od významu v jazyce ke smyslu v textu: O dobrodružství strukturalistické cesty

Tomáš Hoskovec

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From meaning in language to sense in texts: Adventures on the structuralist road / Entre la signification de la langue et le sens d’un texte: L’aventure de la voie structuraliste

A B S T R A C T
There is no one single structuralism, but sets of texts conceivable of as SCHOOLS, if they share a common notional apparatus, or FOCI (FOYERS), if a shared FORUM and mutual knowledge of the texts within one set may be supposed. Consequently, what is usually called the Prague School is not a school, but a focus (foyer). The author presents a complex notional apparatus for treating the LINGUISTIC SIGN when combining the approaches of two structuralist schools, that of Functional-Generative Description (Prague focus) and that of Interpreting Semantics (Paris focus with a Copenhagen affiliation). The linguistic sign is perseveringly treated in the dif-ferential (not re-ferential, nor in-ferential) way, and there are two environments in which this can be done: the abstract system of language and a concrete text (both written and oral). Problems encountered and solutions proposed through that way are presented.

R É S U M É
A l’issue de presque un siècle de travaux scientifiques et d’un bon demi-siècle de débats idéologiques, l’auteur prend le parti de parler du structuralisme en tant que corpus de textes. Or, les corpus n’existent pas en eux-mêmes: ils résultent du travail d’un chercheur qui éprouve le besoin de positionner sa propre intelligence des choses par rapport à celle d’autrui. En assemblant des textes scientifiques en vue d’en présenter des corpus, l’auteur distingue en premier lieu des FOYERS structuralistes, que l’on peut nommer, symboliquement, Genève, Prague, Copenhague, Paris… Les textes d’un foyer n’ont souvent en commun rien d’autre que certains traits de leur genèse: ils sont nés dans, ou plutôt produits par un certain milieu intellectuel. Une ÉCOLE structuraliste, identifiable à un appareil théorique explicite, ou au moins, à un but ouvertement déclaré, est un ensemble de textes beaucoup plus restreint qu’un foyer. Par conséquent, ce que l’on appelle traditionnellement École de Prague, n’est pas une école, mais un foyer, au sein duquel nous distinguons de vraies écoles comme celles de Petr Sgall, František Daneš, Oldřich Leška. Une école parfois, un foyer forcément se dote d’un FORUM où des textes sont régulièrement lus et discutés, comme c’est le cas du Cercle linguistique de Prague, ou triés et publiés, comme pour les Cahiers Ferdinand de Saussure. L’auteur ne croit guère possible de brasser les textes provenant de divers foyers dans un super-assemblage déclaré «structuralisme» tout court, faute d’affinité d’approche, voire de connaissance mutuelle entre les foyers. En même temps, il est fasciné par l’affinité d’approche de deux écoles dont les filiations intellectuelles passent par plusieurs foyers, l’école de Description fonctionnelle-générative (DFG) de la lignée Sgall – Skalička – Mathesius, et celle de Sémantique interprétative (SI) de la lignée Rastier – Greimas – Hjelmslev.
Les deux écoles sont habituées à se mouvoir dans la polarité du système abstrait de langue et des textes concrets, polarité qui n’a strictement rien à voir avec la dichotomie trop célèbre et peu réfléchie de langue vs. parole. Elles concordent dans l’usage terminologique qui appelle le contenu d’un signe linguistique signification (význam), s’il est étudié au sein du système abstrait de langue, mais sens (smysl), s’il est lié à un texte concret. La SI se concentre sur le signe linguistique binaire minimal qu’est le morphème et le traite principalement de façon lexicologique pour le positionner ensuite directement dans un texte. La DFG est forte dans le traitement du signe linguistique maximal et complexe qu’est la phrase, opposée à l’énoncé, unité textuelle minimale. La DFG dispose de moyens raffinés pour saisir la nature de signe des éléments linguistiques de la «mise-en-relation» (usouvztažnění) grâce auxquels la phrase est possible; en d’autres termes, la DFG est spécialiste de l’aspect grammatical du système de langue. La SI dispose d’un appareil non moins raffiné pour saisir la mutabilité foncière et intrinsèque du contenu lexical du signe: elle y procède en catégorisant les sèmes en inhérents et afférents, génériques et spécifiques de plusieurs degrés. Particulier à la SI, cet appareil doit être compris comme des classes définitoires qui seules et seulement rendent possible toute étude différentielle du signe. Ceci dit, l’auteur présente des parallélismes en analyse sémique de syntagmes, lorsqu’elle est entreprise du côté de la mise-en-relation grammaticale et du côté de la cooccurence lexicale.
Un texte concret n’est concret que s’il est ancré dans une situation et classé sous un genre. Il existe des normes culturelles et sociales qui gèrent le traitement du texte en tant que phénomène de langage. En dépit de leur nature culturelle et sociale, les normes de traitement de textes ne sont pas au-delà de la linguistique, mais bien au contraire, elles doivent être conçues comme un objet éminemment interne à la linguistique et aussi légitime que ne l’est le système abstrait de langue. C’est à force de nous appuyer sur les normes que nous pouvons traiter divers textes de la même façon et, chose curieuse, que nous pouvous présenter, en guise d’exemple de textes concrets, des fantômes de textes qui n’en sont pas, que nous ne faisons qu’imaginer. Le lecteur des sciences du langage est tellement familier de cela qu’il ne s’en apperçoit même pas: donner une situation et un genre suffit pour élever une phrase quelconque en énoncé d’un texte concret. Où est le texte? Nulle part, mais nous savons à quelle norme textuelle nous avons affaire, ce qui nous suffit largement pour mener à bon terme l’explication de l’exemple dont il s’agit. Dans son article, l’auteur donne des modèles de comportement analytique vis-à-vis de certaines expressions linguistiques élevées en textes concrets, en démontrant que de tels modèles sont acquis (aspect culturel), supra-individuels (aspect social) et exigés (nature de norme). En acceptant les normes textuelles comme son objet propre, la linguistique devient pleinement une science du langage – et c’est une grande aventure intellectuelle.

Key words: structuralism, linguistic sign, language system, text, semiotics
Klíčová slova: strukturalismus, jazykový znak, systém jazyka, text, sémiotika

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Ústav jazykovědy a baltistiky FF MU
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Slovo a slovesnost, ročník 69 (2008), číslo 1-2, s. 110-130

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